Lutenyl (Nomegestrol) et Luteran (Chlormadinone) : risque de méningiome

Suite aux premiers signaux d’alerte fin 2018, l’ANSM et l’Assurance Maladie ont lancé une vaste étude rétrospective nommée ÉPI -PHARE pour étudier les données de 1,8 et 1,5 millions de femmes ayant été traitées respectivement par de l’acétate de nomégestrol ou de l’acétate de chlormadinone entre janvier 2007 et décembre 2018. ( Pour résumer, c’est du sérieux, ils avaient assez de données à exploiter !)

Résultats de l’étude ÉPI-PHARE.

L’étude confirme bien le sur-risque de développer un méningiome chez les patientes traitées par le Nomegestrol ou la Chlormadinone .

Le risque augmente en fonction de la dose utilisée, la durée du traitement et l’âge de la patiente.

Pour ceux et celles qui aiment les chiffres , le risque est multiplié par 3,3 (nomégestrol) et 3,4 (chlormadinone) par rapport au risque de base pour les traitements de plus de 6 mois.

La situation se complexifie avec le temps du traitement, puis le risque est multiplié par :
– 7 à partir d’une dose cumulée correspondant à 3,5 ans d’utilisation de l’acétate de chlormadinone,
– 12,5 à partir d’une dose cumulée correspondant à 5 ans de traitement pour l’acétate de nomégestrol.

Ça n’a pas vraiment l’air d’être sympa dit comme ça, mais il n’y a pas non plus raison de paniquer si vous n’avez pas de symptôme!

Je vais d’abord vous expliquer ce qu’est un méningiome, puis les recommandations pour la suite à donner au traitement.

Le meningiome : qu’est ce que c’est ?

C’est une tumeur cérébrale généralement bénigne, qui se développe au niveau de méninges.

Le problème, c’est que le méningiome va entraîner une compression du cerveau, et provoquer des troubles neurologiques.

La plupart du temps, les patients sont asymptotiques. Les méningiomes sont découverts fortuitement à l’occasion d’un examen cérébral ( scanner ou IRM)

Chez d’autres personnes, les méningiomes peuvent entrainer divers symptômes neurologiques tels que :

  • Des maux de tête
  • des convulsions ou crises d’épilepsie,
  • une faiblesse dans le bras ou la jambe,
  • des troubles de la parole, de la vue,
  • des sensations anormales,
  • un changement de personnalité, des problèmes d’équilibre,
  • des vertiges,
  • une baisse de l’audition,
  • une perte de l’odorat…..

En fonction de la taille et de la localisation, les méningiomes peuvent être opérés ( chirurgie ou radiothérapie ) ou gardés sous surveillance ( le méningiome se développe très lentement !)

Et maintenant, que fait-on?

Déjà, on ne panique pas, et il va falloir prendre le temps de contacter son médecin pour la suite !

Pour rappel, ces deux molécules sont indiquées:

  • dans le cadre d’un traitement hormonal substitutif chez des femmes pré-ménopausées ou ménopausées
  • dans le traitement des troubles menstruels
  • dans le traitement de l’endométriose (chlormadinone).

Dans les trois situations, l’arrêt brutal du traitement risque d’être mal vécu.

Il va falloir contacter votre gynécologue pour réévaluer le traitement. Pour certaines d’entre vous, il sera maintenu, pour d’autres remplacé, voir arreté définitivement.

En cas de maintien du traitement, le gynécologue va chercher la plus petite dose efficace.

En cas de trouble pouvant évoquer un méningiome, une IRM cérébrale vous sera prescrite.

Même chose pour les patientes de plus de 35 ans, qui ont ou vont prendre le traitement pendant plus de 5 ans .

Bien évidement, si l’IRM révèle un méningiome, l’arrêt du traitement sera nécessaire!

Les solutions alternatives

Malheureusement, elles sont peu nombreuses.

Le Duphaston n’a pas d’indication dans le THS, et il est régulièrement en rupture. Mais il est intéressant dans l’endometriose

La Progestérone est classiquement utilisée dans le THS

La Surgestone n’est plus produite

La Colprone est disponible mais de façon générale peu utilisée .

Donc, c’est vraiment du cas par cas! Je vous invite donc à prendre rendez vous avec votre gynécologue pour prendre le temps d’en discuter et de trouver la solution qui vous conviendra le mieux.

A propos Cédric Boucherat 604 Articles
Docteur en pharmacie Pharmacien adjoint à la pharmacie du Cora DU orthopédie - podologie DU Gérontologie Pharmacie clinique DU Pharmacie clinique oncologique